Je me demande souvent si ce que l'on fait est dicté par notre simple volonté, ou si tout est déjà écrit. Est-ce qu'au fond, le véritable libre arbitre existe ?
Il y a tant d'autres question en suspend...
Pourquoi dit-on telle ou telle chose ?
Pourquoi fait-on ceci au lieu de cela ?
Est-ce que quelqu'un nous regarde, là-haut ?
Doit-on pleurer la mort de nos proches ou simplement leur imaginer une vie meilleure ?
La première fois que j'ai rencontré la mort je n'avais pas encore 12 ans.
Cétait un jours de mars, en apparence comme les autres, le ciel était bleu et présageait une belle journée.
On ne peut pas se fier au ciel.
Je me suis rendue au collège comme tous les matins, à 8h10. Devant la grille, tout le monde avait une drôle de tête. Je me suis avancée lentement vers mes amies, elles m'ont regardé et m'ont appris une terrible nouvelle. Cette phrase de 4 mots résonnait dans ma tête, elle m'a paru tellement absurde que j'ai ri.
J'ai ignoré mes amies et je suis entrée dans le collège...
Jamais je ne pourrais me pardonner d'avoir ri.
Jamais je ne pourrais me pardonner de ne pas m'être effondrée.
Le proviseur nous a réunis dans le foyer, nous, les petits sixième, naïfs et ignorants. On pensait tous que la vie était belle...
Il commença à parler :
"En ce jour de Mars..."
Il avait la gorge nouée, on aurait dit qu'il avait quelque chose de coincé au travers de la gorge, moi aussi, mais moi ça ressemblait plus à de l'exitation... Puis, j'ai entendu des gens pleurer, et c'est là que j'ai compris que c'était fini.
Que ce n'était pas une blague.
Qu'une fois qu'on était parti, on ne revenait plus.
Que plus jamais je ne le reverrai.
Je ne l'écoutait déjà plus, mes jambes rammolirent, la seule phrase que je pu entendre fut
"M. X a été victime d'un attentat."
Je n'y croyais pas, ça ne pouvait être vrai. Et l'écho de la voix du proviseur me tambourinait les oreilles, sa phrase n'en finissait plus de tourner, retourner et tourner à nouveau dans ma tête.
Mes larmes coulèrent d'elles-mêmes et j'éclatai en sanglots, imitée par d'autres qui n'attendaient que le signal de départ pour laisser libre court à leurs émotions.
Quelqu'un m'a pris dans ses bras, je n'ai vu que bien plus tard de qui il s'agissait : Emilie.
Merci Emilie, merci d'avoir été là pour moi dans le pire moment de mon existence.
Jamais je n'aurai pensé ça de toi. Et je te jure que si un jour je te recroisais, je te remercierai.
Parce que ça non plus je ne l'ai pas fait...
Ce professeur avec qui je m'attardais à la fin des cours pour discuter, celui qui nous respectait et nous aidait. Celui que j'admirais.
Je me rappelle encore du miroir derrière son bureau. J'étais très petite à l'époque, et je ne me voyais pas dedans. Il me disait souvent, tu verras, un jour, sera assez grande pour te regarder dans ce miroir.
Et chaque fois, je regardais pour voir si je n'avais pas grandi...
Pourquoi nous l'a t-on enlevé ? Qui nous l'a enlevé ?
La réponse ne s'est pas fait attendre. Je suis rentrée chez moi vers 11h, encore boulversée, les yeux débordant de larmes. Je me suis arrêtée devant la porte de notre appartement "porte 94", et j'ai tenté de me calmer.
J'ai frappé longtemps, mais personne ne m'a ouvert. Alors j'ai attendu, et j'ai recommencé quelques minutes après. On est venu m'ouvrir. Ma soeur.
Mes parents étaient devant la télévision, on y parlait de l'attentat : 10 morts, si ma mémoire est bonne. Ou peut-être 11.
Mais je m'en fichais, je me moquais du nombre de morts.
Seul M.X comptait pour moi.
Mais mes parents n'avaient pas l'air très affectés par la nouvelle. Alors je me suis tu, et j'ai fait comme si tout allait bien, comme si je ne me rendais pas compte, comme si ça ne faisait pas mal...
Une psychologue fut mise à notre disposition au collège, elle souriait tout le temps et elle était très gentille. Je pensais qu'on n'avait pas besoin de psy à l'époque. Et puis, je ne voulais pas que mes parents sachent que j'allais mal...
Mais un camarade m'a prouvé qu'on en avait besoin, finalement, en se levant de sa chaise, en pleine classe, et en disant tout haut d'une voix pleine de haine et déterminée :
"Je buterai celui qui a fait ça".
La classe se calma immédiatement et tout le monde le regarda. Je n'avais jamais vu un regard aussi noir... lui qui avait les traits si doux d'ordinaire, il s'était changé en une espèce de monstre fou. Mais il avait raison. Moi aussi je voulais qu'il meurt.
Alors j'ai continué de pleurer.
Ca fait maintenant 7 ans qu'il est mort et pourtant ça me fait toujours aussi mal de raconter cette histoire, et chaque fois que je pense à lui, je pleure...
L'assassin est mort a présent, à l'époque j'ai pensé :
"Il y a peut-être une justice".
Mais avec du recul, en écrivant ces mots je me dis que s'il y avait vraiment une justice, il ne serai pas mort, et je ne pleurerais pas en ce moment.
L'assassin a choisi sa mort, il se l'est donné, et c'est injuste. Il ne le méritait pas. Il méritait de mourir c'est vrai, mais il méritait surtout de souffrir.
J'ai honte de rire, honte de m'amuser, honte d'aimer. Le vie est tellement injuste.
En seulement 7 mois cet homme avait réussi à m'apprendre la paix, l'amour et le respect.
Je regrette de ne pas l'avoir connu davantage, je regrette de ne pas lui avoir parlé ce jour là...
Peut-être que les choses se seraient passées autrement. Peut-être que finalement, c'est un peu de ma faute.
7 mois... 7 petits mois...
Je voudrais vous dire, monsieur, que nous pensons tous à vous, que nous vous admirons et que nous esperons que vous aussi, d'où vous êtes, vous pensez à nous...
Ancienne élève du collège André Doucet,
92000 Nanterre
2001-2002 : 6ème1
2002-2003 : 5ème1
2003-2004 : 4ème1
2004-2005 : 3ème1
Quand je repense à cette histoire je me sens vraiment très très mal... Et c'est d'autant plus difficile quand on a personne avec qui en parler...
Plus personne n'en parle, ou alors leur jugement est tellement différent...
Parce qu'ils oublié ce que ressent un gamin face à la mort,
parce qu'au lieu de revoir tout ça avec des yeux d'enfants, ils le revoient avec des yeux d'adultes.
Je n'ai pas cité de nom par simple respect pour lui et sa famille